Le nouveau premier ministre grec Antonis Samaras a passé jeudi son premier grand oral devant les créanciers du pays, un test pour l'avenir des relations de la Grèce avec la zone euro.
M. Samaras, un conservateur qui gouverne avec les socialistes et la gauche modérée, s'est entretenu jeudi en début d'après-midi pendant une heure avec les chefs des missions du Fonds monétaire international (FMI), Poul Thomsen, de la Banque Centrale européenne (BCE), Klaus Masuch, et de la Commission européenne, Matthias Mors, chargés d'examiner les comptes grecs.
Le nouveau ministre des Finances Yannis Stournaras a également participé aux rencontres. A l'issue de l'entretien, ce dernier a admis que certains aspects du plan UE-FMI pour la Grèce "sont sortis des rails".
Leur visite met un terme à une parenthèse de trois mois de vide législatif, durant laquelle se sont tenues deux élections générales. Elles ont abouti à la constitution d'un gouvernement de coalition droite-gauche se définissant comme pro-européen mais souhaitant renégocier les conditions des prêts concédés à la Grèce, plongée dans la récession.
Au cours de cette période, de nombreuses réformes impulsées par la troïka pour relancer l'économie et assainir les comptes publics ont été suspendues, telles les privatisations, la réforme fiscale ou celle de l'administration.
"Les réformes ont été interrompues et le programme (de redressement de l'économie, NDLR) est sorti des rails", a jugé en début de semaine un haut responsable de la BCE, Jörg Asmussen, dans la presse grecque.
La mission de la troïka sera d'évaluer l'ampleur du déficit à combler, la nature des efforts à réaliser, d'écouter les propositions du gouvernement grec. Les bailleurs de fonds devraient revenir à Athènes le 24 juillet pour un accord final avec Athènes, selon la presse.
"Il s'agit d'un premier tour de piste, les négociations vont continuer plus tard", a indiqué jeudi une source du ministère des Finances.
La presse grecque titrait jeudi sur "l'épreuve" ou "le marathon" du nouveau gouvernement face aux bailleurs de fonds.
Epreuve presque physique d'ailleurs, M. Samaras, opéré récemment d'un décollement de rétine juste après son élection et interdit de sortie par ses médecins --ce qui lui a fait manquer le sommet européen de Bruxelles-- est apparu le visage pâle, un oeil à demi fermé, devant les médias jeudi.
Enjeu des discussions, le versement, vital pour le pays, de la prochaine tranche du prêt attendue avant le 20 août, qui se monte à 31,5 milliards d'euros, selon le quotidien Ethnos.
M. Samaras devait surtout insister sur l'accélération du processus de privatisations, le lancement d'une réforme fiscale et la relance de la restructuration de la fonction publique pour tenter d'obtenir les bonnes grâces des créanciers.
"Il y a une claire détermination du nouveau gouvernement grec à agir et la volonté de procéder à des réformes, d'une manière que je n'ai pas vu jusqu'ici en Grèce", a déclaré jeudi à l'Agence de presse grecque (Ana) l'Allemand Horst Reichenbach, dirigeant de la Task force européenne chargée d'aider la Grèce à mettre en oeuvre les réformes.
Depuis son arrivée lundi soir à Athènes, M. Reichenbach s'est dit "très satisfait" après ses entretiens avec divers ministres.
"On a clarifié tous les changements qui doivent être effectués (...) la prochaine étape est d'appliquer tout ce qu'on a convenu, il faut passer aux actes", a-t-il souligné.
M. Samaras souhaiterait également un allongement de un à trois ans de l'ajustement budgétaire afin d'apaiser la rigueur imposée au pays depuis 2010.
Autre sujet sur la table, évoqué notamment par le leader de l'opposition de gauche radicale Alexis Tsipras, obtenir pour la Grèce une recapitalisation directe des banques par le FESF, ce qui permettrait d'alléger le fardeau de la dette. C'est ce qui a été accordé à l'Espagne lors du sommet européen.
In fine, la Grèce et la zone euro doivent surtout tenter de trouver les moyens de sortir du cercle vicieux austérité-récession où le pays plonge de plus en plus.
Alors que les impôts s'alourdissent, que les salaires se réduisent, la production industrielle et la consommation sont en berne, le gouvernement prévoit maintenant une récession plongeant à 6,7% en 2012, au lieu de 4,5% initialement attendue.
M. Asmussen a toutefois laissé peu de marge de négociation.
"S'il veut changer le mélange des mesures nécessaires (pour retrouver l'équilibre des comptes, NDLR) entre revenus et dépenses, cela peut certainement être discuté", a-t-il indiqué lundi dans un entretien au quotidien Kathimerini lundi.
"Mais au vu des résultats et des objectifs du programme pour rendre la Grèce plus compétitive et pour atteindre une situation de soutenabilité de la dette, je ne vois pas de marge de changement", a-t-il ajouté en rappelant par ailleurs que M. Samaras s'était engagé par écrit, avant les élections, à mettre en oeuvre le programme négocié avec la troika, baptisé "memorandum".












